Post scriptum par Marie-Line Saltel-Bayol

Post scriptum

Ta tête sur mon cœur qui ne bat déjà plus. La roue s’est arrêtée.
Mais l’entends-tu pourtant, ce mince filet d’air ? Cette musique d’ombre, le silence fait bruit.
Je te parle cette autre langue, cette jungle bruissante des après dont on ne revient pas.
Toi seul peux m’entendre.
Les vivants ne comprennent pas le cliquetis bruyant des insectes affairés sans nom, mandibules sans pesanteur, posées sur la toile du ciel. Toi tu sauras me lire.
Tes yeux seront la peau décharnée de tes bras noués autour de moi, puissantes lianes desséchées d’une mangrove absente. Tes jambes inutiles me scelleront à toi, esclave consentante, jusqu’à la signature ultime, éblouissant paraphe indécent des ventres abandonnés.
Dans un dernier sursaut jailli de mes entrailles, le silence explosif résonnera, tambour de ma chair à ta voix, suspendu comme un linge mort sur le fil de nos vies désertées.
Mais toi, tu m’entendras.

© Marie-Line Saltel-Bayol